« La Vie Secrète des Arbres » : leur langage, leurs interactions, leurs stratégies…

L’auteur, forestier dans le massif allemand de l’Eifel, nous explique comment les arbres s’adaptent à leur milieu, échangent des informations et font preuve de solidarité. Un récit passionnant.

« La Vie Secrète des Arbres. Ce qu’ils ressentent, comment ils communiquent », de Peter Wohlleben, Éditions Arènes, 2017.

A travers son métier de forestier, Peter Wohlleben observe depuis vingt ans les arbres de sa région. Dans ce livre paru début 2017 il décrit l’intelligence des végétaux et leur adaptation à leur environnement. Dans les conditions de la forêt primaire (par opposition à la forêt cultivée, très artificialisée), explique-t-il, les arbres d’une même espèce adoptent une stratégie commune de survie ; la forêt qu’ils constituent est un écosystème où les conditions forestières (ombrage, abri du vent et du froid, humidité, sol…) sont optimales.

Mais la stratégie d’ensemble se double d’une sorte d’entraide entre les arbres : alors que les individus d’espèces différentes se disputent l’accès à la lumière et aux ressources du sol, les arbres d’une même espèce échangent des substances nutritives par leurs racines, avec l’aide des réseaux de champignons, compensant ainsi mutuellement leurs faiblesses et leurs forces pour venir en aide aux plus faibles.

Peter Wohlleben expose d’autres particularités des arbres. Ils ont un langage, par l’émission d’odeurs pour prévenir une attaque d’insectes, et peut-être aussi par l’émission d’ondes sonores. L’auteur se demande si les plantes ont un cerveau. En tout cas, elles sont capables de retenir des informations et de s’adapter en conséquence. Par exemple, les arbres apprennent à modérer leur consommation d’eau en prévision d’une possible sécheresse ; ou encore ils savent, à partir de l’évolution de la durée du jour et des températures, que le printemps est là, et ils déclenchent en temps utile le développement de leurs bourgeons.

Ce livre contient par ailleurs une foule d’informations détaillées sur la biologie des arbres : l’alimentation en eau, le rôle de l’écorce, la stratégie de l’épicéa pour résister au poids de la neige (les branches s’inclinent jusqu’à se superposer comme des tuiles et se soutiennent les unes les autres), l’interaction avec les animaux et la microfaune du sol…

On comprend comment les conditions de la forêt artificielle s’éloignent de celles de la forêt naturelle. Dans celle-ci, les arbres poussent très lentement, ce qui est un gage de longévité et de résistance (ils vivent en moyenne jusqu’à 400 ou 500 ans pour les hêtres) ; dans celle-là, la sylviculture favorise une croissance rapide, d’où des arbres plus fragiles (fragilité accentuée par le fait qu’ils ont tous le même âge). Pour cela elle pratique les éclaircies, qui favorisent les sujets les plus robustes mais fragilisent l’écosystème.

Est-il possible de retourner à la forêt primaire, demande Peter Wohlleben ? En Allemagne, les pouvoirs publics ont décidé de ne plus intervenir sur au moins 5 % de la surface forestière. Et on observe une évolution rapide avec notamment un dépérissement des épicéas et des pins, plantés dans des régions trop chaudes et trop sèches pour eux, qui sont vite ravagés par les insectes. Les feuillus prennent alors le dessus. Il faut, dit l’auteur, 200 ans à une forêt de feuillus et 500 ans à une forêt de conifères pour revenir à l’état naturel.

Il compare le statut des arbres avec l’évolution du statut de l’animal, auquel la loi reconnaît désormais une sensibilité. Et il appelle à respecter les arbres en tant qu’êtres vivants, à ne pas puiser plus que nécessaire dans cette ressource, et à les exploiter dans des conditions qui respectent leur fonctionnement et leurs besoins. C’est le principe de la futée jardinée, où les interventions sont douces, avec des coupes légères et fréquentes, et débardage au cheval… « La futée jardinée est à l’exploitation forestière ce que l’agriculture biologique est à la production de denrées alimentaires. Cette méthode de gestion durable de la forêt mêle étroitement les arbres de tailles et d’âges différents, si bien que les enfants arbres grandissent sous leur mère… »

Peter Wohlleben invite notre société à aller plus loin dans la connaissance des capacités cognitives, de la vie sensorielle et des besoins des arbres, histoire de mieux les connaître et mieux les respecter.

Ph.C.

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Lire aussi, sur ce blog, sur la hêtraie des Albères (Pyrénées-Orientales), « La Massane, une forêt témoin à l’état naturel« .

Et, sur l’importance de la forêt pour les communautés paysannes au Moyen-Âge, « Une révolution : désindustrialiser et désurbaniser pour (r)établir une société rurale et un environnement équilibrés« .


Les ouvrières viticoles : femmes et ouvrières, la double peine

Les femmes ont longtemps été utilisées comme journalières en viticulture pour leur faible coût et leur flexibilité. Mal payées (au « demi-salaire »), cantonnées dans les tâches soi-disant non qualifiées, employées plus occasionnellement que de manière permanente, elles n’ont jamais réellement accédé à un statut à part entière. Jean-Louis Escudier a étudié cette réalité de près sur la période des XIXe et XXe siècles.

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La plupart des historiens, lorsqu’ils évoquent la condition des femmes ouvrières, se polarisent sur l’industrie ou la domesticité, ignorant les ouvrières agricoles. De même, lorsqu’on parle des femmes en agriculture, on parle généralement des épouses d’exploitants, très rarement des ouvrières agricoles. L’ouvrage de Jean-Louis Escudier, « Les ouvrières viticoles. Travail, salaire et luttes sociales – XIXe-XXe siècles » (Éditions Le Temps des Cerises, 2016) rend justice, à travers une étude très fine, à celles qui ont tenu une grande place dans les travaux de la vigne depuis son expansion, au milieu du XIXe siècle, jusqu’au siècle suivant.

Chargé de recherche au CNRS (Lameta, Université Montpellier 1), Jean-Louis Escudier développe un programme de recherche visant à mieux comprendre les dynamiques de long terme entre le travail et le capital. Dans le sujet de recherche qui est à l’origine de ce livre, il centre son étude sur les ouvrières viticoles, dans l’ensemble des régions de production françaises. L’agriculture, dit-il, est un terrain fertile pour qui souhaite confronter rapports de genre et rapports salariaux ; et la viticulture tout particulièrement dans la mesure où elle a vécu une transformation radicale en une génération, à partir des années 1850 : expansion du marché du vin avec l’arrivée du chemin de fer, puis reconstruction du vignoble suite à la crise phylloxérique.

Le premier chapitre (1860-1914 : la salariée viticole, une travailleuse indispensable) montre que, dans la division sexuée du travail, l’emploi féminin est fortement infériorisé, à tel point que les ouvrières n’apparaissent pas dans les statistiques et registres. Elles sont pourtant bien présentes dans le vignoble mais leur travail n’est pas reconnu, donc passé sous silence.

Aux hommes le travail « qualifié », aux femmes les travaux pénibles

Dans cette période déjà, alors que les tâches qualifiées sont réservées aux hommes, les femmes sont utilisées comme main-d’œuvre moins chère, corvéable à merci et « non qualifiée ». Le greffage est réservé aux hommes, les femmes sont affectées à la greffe sur table en pépinière (plus automatisée et aux cadences exigeantes) ; ce sont les hommes qui taillent mais les femmes qui ramassent les sarments ; les hommes portent les pulvérisateurs à dos, les femmes les approvisionnent en eau ; les femmes coupent le raisin, les hommes portent la hotte ; les femmes sont tenues à l’écart de l’élaboration du vin mais elles rincent les bonbonnes et les bouteilles, posent les étiquettes et emballent.

Et paradoxalement, lorsqu’on choisit les femmes pour réaliser un travail délicat, comme le tri et le ciselage des raisins de table, on ne les considère pas pour autant comme effectuant un travail qualifié et elles restent sous-payées.

Quand arrive une certaine mécanisation, à la fin du XIXe (charrues tractées, broyeurs de sarments), c’est l’homme qui manie la machine et la femme qui effectue le travail manuel.

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Les femmes, de manière générale, sont affectées aux travaux intermittents, saisonniers, on les utilise pour leur flexibilité (non choisie), dans les travaux et les postures les plus pénibles, et on les paie bien moins que les hommes : jusqu’au milieu du XXe, la règle pour les femmes est le « demi-salaire » (la moitié du salaire des hommes les moins qualifiés).

Par ailleurs, les femmes sont désavantagées dans le domaine social : les premières mutuelles sont exclusivement masculines (jusqu’en 1898) et elles ne couvrent que le cotisant, pas ses ayant-droit (jusqu’en 1930). Les retraites désavantagent les femmes : elles cotisent peu (petits salaires, temps partiel) et touchent encore moins, proportionnellement. En l’absence de congés maternité, les mères travaillent le plus longtemps possible jusqu’à l’accouchement et tout de suite après.

L’ostracisation du travail féminin n’est pas que le fait des patrons. La mentalité masculine en est fortement imprégnée, y compris dans les mouvements politiques et syndicaux. Le mouvement socialiste évoque bien, dans les discours, les rapports économiques de genre, mais il ne les traduit pas dans les revendications ni les luttes. D’une part, le statut économique et social des salariées agricoles est méconnu, d’autre part il y a des réticences par rapport à l’emploi salarié des femmes rurales ; cela parce que l’on considère que la place de la femme est au foyer mais aussi parce que l’on estime que le salaire masculin doit suffire à nourrir la famille.

Dans le mouvement syndical, alors que les femmes s’impliquent souvent, peu de place est accordée à leurs revendications spécifiques et elles sont encore moins partie prenante des négociations entre syndicats et employeurs.

La guerre de 14 marque un tournant, qui ne changera pas fondamentalement la situation des ouvrières viticoles (2e chapitre : « 1914-1945 : la salariée viticole oubliée du progrès social« .

Certes, la guerre bouscule les rapports sociaux de genre. Les hommes étant mobilisés, les femmes les remplacent, s’impliquant largement dans la marche des exploitations ; elles font le travail des hommes, mais pour des salaires de femmes. Et avec le retour de la paix, chacun reprend sa place.

Les ouvriers de l’industrie voient quelques progrès dans leurs revenus et conditions de travail (hausse des salaires en 1913, baisse du temps de travail en 1919) mais l’agriculture ne suit pas le rythme.

Il faut attendre le Front Populaire pour voir des avancées qui concernent aussi l’agriculture, comme les congés payés (12 jours ouvrables en 1936). Les conventions collectives (1937) prévoient la baisse du temps de travail, mais leur extension (qui rend leur application obligatoire par tous les employeurs) est très lente en agriculture.

Pour parer à l’exode rural, on préfère mettre en place le salaire indirect que représentent les allocations familiales agricoles qu’augmenter les salaires.

Et la mécanisation, qui se renforce, reste réservée aux hommes ; elle n’est pas utilisée pour réduire la pénibilité du travail féminin.

L’augmentation de la syndicalisation avec le Front Populaire aboutit à une timide prise en compte de la condition des ouvrières agricoles.

Peu à peu remplacées par la machine

La loi du 11/02/1950 (3e chapitre : « 1945-1980 : un emploi viticole féminin toujours précaire« ) marque un net changement concernant les salaires puisqu’elle établit la parité entre hommes et femmes pour le salaire minimum. Mais les emplois féminins régressent avec la montée de la mécanisation : entre 1950 et 1980, le temps de travail annuel nécessaire à la culture d’un hectare de vigne est divisé par trois. L’augmentation du salaire féminin est aussi certainement une des raisons d’un moindre recours aux femmes pour les travaux viticoles. La cueillette des raisins (vendanges et raisin de table) reste l’un des derniers bastions du travail féminin.

La généralisation des allocations familiales (dont l’allocation de salaire unique) concourt elle aussi au recul de l’emploi féminin, en ramenant la femme dans son foyer.

L’égalité hommes-femmes sur les grilles salariales, pour sa part, n’arrivera qu’en 1972. En 1974, les 40 heures sont appliquées tardivement aux salarié(e)s agricoles mais avec encore des dérogations… et des heures non déclarées.

Sur le plan syndical, à la Libération les femmes sont généralement admises dans les syndicats mais elles accèdent peu aux postes de responsabilité, bien qu’elles soient très présentes et combatives dans les grèves. Avec les crises viticoles et la mécanisation, le rapport de forces est de plus en plus défavorable aux salariés, et aux femmes encore plus.

Dans les années 1980, alors que les salariées viticoles sont de moins en moins nombreuses et malgré le salaire minimum pour tou(te)s, leur précarité salariale, le temps partiel, la flexibilité persistent comme persistent les discriminations à l’embauche, la non reconnaissance de la qualification et l’absence de profil de carrière.

La condition des ouvrières viticoles pendant les deux siècles étudiés est certainement due à une conjonction de facteurs, comme l’exprime Madeleine Guigliardi en 1947 au Xe Congrès national de la FNTA (Fédération nationale des travailleurs de l’agriculture – CGT) à Bourges. « Les femmes sont plus durement exploitées que les hommes par le régime capitaliste« . Mais il y a aussi les mentalités qui ne reconnaissent pas l’égalité hommes-femmes, ce qui se traduit par exemple dans le domaine syndical : « En ce qui concerne l’égalité pour les femmes« , dit Madeleine Guigliardi, « malheureusement nous avons encore à lutter contre des camarades quelquefois ; comment voulez-vous que nous n’ayons pas à lutter contre les patrons ?« 

Ph.C.

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1907 : unanimisme de façade

L’auteur souligne « la surexposition médiatique des viticultrices dans la révolte de 1907 » : elles ont souvent été mises en avant, notamment pour illustrer la misère familiale due à la crise.

Et ce « mouvement interclassiste« , auquel les ouvriers agricoles ont largement participé, occulte pourtant, dans ses revendications et son discours, le statut des salariés viticoles.

Pourtant, comme le souligne en 1908 le syndicaliste François Cheytion, « les morts et les blessés (de 1907) ne se comptent que chez les ouvriers. Pendant les manifestations, les propriétaires manifestaient dans leurs salons, à l’abri des murailles de leurs châteaux« .

Une fois le calme revenu et les marges nettes d’exploitation restaurées, les revendications des ouvriers agricoles ne sont pas plus entendues qu’avant.

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En savoir plus : Le Temps des Cerises.

Lire aussi, sur ce blog : « 1907, la Révolte du Midi ».


Podemos : de la rue aux institutions

« Nous avons décidé d’aller dans les institutions, au risque de se perdre, quelle autre solution avions-nous ? », dit Alberto Arricruz, expliquant la stratégie de Podemos. Ce mouvement a choisi de prolonger la mobilisation des Espagnols dans la rue depuis le 15 mai 2011 par un processus de conquête des institutions. Apparaît alors le risque que Podemos devienne un parti politique comme les autres…

Alberto Arricruz.

Alberto Arricruz.

Lire la suite sur le blog des Ami.es de François de Ravignan.


La Massane : une forêt témoin à l’état naturel

Une forêt de hêtres entre 600 et 900 m d’altitude, en plein climat méditerranéen, cela a de quoi surprendre (1). La Forêt de la Massane, dans le massif de l’Albère (commune d’Argelès-sur-Mer, Pyrénées-Orientales), serait, selon une hypothèse scientifique qui reste à confirmer, une forêt témoin de l’époque quaternaire qui se serait maintenue malgré la dernière glaciation (jusqu’à il y a 10 000 ans) (2).

La réserve naturelle de la Massane couvre 336 ha : une hêtraie entre 600 et 900 m d'altitude en climat méditerranéen.

La réserve naturelle de la Massane couvre 336 ha : une hêtraie entre 600 et 900 m d’altitude en climat méditerranéen.

Cette particularité et la présence, dans cette hêtraie, d’espèces reliques (de coléoptères notamment) justifient sa préservation, au moins comme objet d’étude, même s’il est impossible d’arrêter le temps et même si cette préservation est menacée par le changement climatique ou par la pollution.

Au-delà de son caractère de témoin, La Massane est intéressante par sa grande biodiversité, qui résulte notamment de son classement en réserve naturelle.

Précisons tout de suite que cette forêt n’a pas toujours été à l’état « naturel » (3). Elle a été exploitée du haut Moyen-Age jusqu’en 1860 environ. Au XIXe siècle, on retirait de ce massif du bois de chauffage, de la glu (à partir de l’écorce du houx) et surtout du charbon de bois (qui servait ensuite à alimenter les forges, pour fabriquer l’acier, et les verreries, dans la région proche). On trouve encore, à flanc de colline, les traces de charbonnières.

Le pastoralisme était également très présent dans le secteur. Juments, ovins, cochons, bovins y trouvaient leur nourriture. Aujourd’hui, seuls restent, dans le massif, quelques troupeaux de vaches.

A partir de la seconde moitié du XIXe siècle, la surexploitation de la forêt et la forte pression pastorale avaient dégradé la couverture forestière de la haute-vallée de la Massane (4). A l’instigation de l’administration des Eaux et Forêts on a alors cessé l’exploitation afin de laisser les sols et la végétation se reconstituer.

La proximité du Laboratoire Arago, de Banyuls-sur-Mer, a fait de la haute-vallée de la Massane un lieu d’observation pour les scientifiques. Le classement en réserve naturelle des 336 ha de hêtraie, intervenu en 1973, a accentué le caractère de naturalité du lieu.

Un observatoire privilégié de la biodiversité

Aujourd’hui, La Massane est un rare exemple de forêt non exploitée, où les processus de vie et de mort se déroulent naturellement. D’où une grande biodiversité. Celle-ci est liée au milieu naturel lui-même (arbres, plantes, humus, rivière), qui favorise la présence de toutes sortes d’espèces végétales et animales. Mais aussi au dépérissement naturel des arbres qui, avec le bois mort, deviennent un refuge pour phytophages, champignons et insectes. Le bois mort est encore un terrain de chasse, un abri ou encore un support de nidification pour de nombreuses espèces.

Le milieu local a aussi une spécificité due à sa situation à la fois de carrefour biogéographique (au contact de l’Espagne et des sommets pyrénéens) et d’isolement (le massif est nettement coupé du reste de la chaîne pyrénéenne par le col du Perthus).

Ce milieu est un cadre d’étude très riche pour l’association des Amis de la Massane, qui gère la réserve, et pour des scientifiques partenaires. Ce qui a donné lieu à de très nombreuses publications.

L’un des supports d’étude est la cartographie des arbres (vivants et morts) d’une partie de la réserve (28 ha) réalisée par l’association, à partir de laquelle celle-ci effectue un suivi et mène un certain nombre d’observations.

Dans la forêt non exploitée, les processus de vie et de mort se déroulent naturellement. D'où une grande biodiversité, liée en particulier à la présence de bois mort.

Dans la forêt non exploitée, les processus de vie et de mort se déroulent naturellement. D’où une grande biodiversité, liée en particulier à la présence de bois mort.

Plusieurs inventaires sont réalisés ou en cours : avifaune, coléoptères, staphylins, fourmis…

Ces études permettent d’illustrer le degré élevé de biodiversité constaté localement mais aussi de montrer l’évolution des espèces et d’essayer d’en comprendre les causes : réchauffement climatique, pollution atmosphérique, pression des parasites et des prédateurs… L’étude de la dynamique du peuplement forestier, en relation avec les événements climatiques (canicule, vent) et la pollution vont dans le même sens.

Pour ce qui est de la pollution, elle est due à la proximité de la région barcelonaise mais aussi à la circulation aux abords du Perthus et sur le littoral à forte fréquentation touristique. On relève de fortes concentrations d’ozone en été.

La comparaison entre deux parties de la réserve, l’une ouverte au pâturage bovin, l’autre protégée de ce pâturage, montre un stock de plantules beaucoup plus important dans la partie protégée. Le pâturage et le stress estival semblent être les deux principaux facteurs limitants du développement des plantules.

Laboratoire à ciel ouvert, la réserve naturelle de la Massane permet d’étudier le comportement d’une forêt où l’intervention humaine est quasi-nulle (à noter toutefois le passage de quelque 25 000 randonneurs par an, dans la réserve ou à proximité).

Le constat principal des observations est bien sûr la présence d’une grande biodiversité, permise par ce caractère naturel.

La Massane, note l’association, est aussi un exemple de « ces ambiances forestières si authentiques (…, un) petit morceau de notre mémoire culturelle collective ». Loin de croire que toutes les forêts peuvent ressembler à celle-là et sans réduire la biodiversité à cet exemple, il faut reconnaître que ce genre de témoin permet de mesurer ce que nous perdons avec l’absence ou le recul de la biodiversité.

Ph.C. (Article paru dans le Paysan du Midi et L’Agriculteur Provençal du 24 juin 2011).

1) Il faut tempérer toutefois cet aspect : il pleut jusqu’à 1 200 mm par an sur les hauteurs de l’Albère (contre 700 environ à ses pieds) et la vallée de la Massane est souvent parcourue par un courant d’air froid.

2) Une étude du Laboratoire Arago et de l’Inra s’efforce d’établir la caractérisation génétique de la hêtraie afin de déterminer son origine et son lien éventuel avec les autres hêtraies des Pyrénées-Orientales.

3) On ne peut donc pas parler de « forêt primaire » même si la non-exploitation et la mise en réserve tendent au retour à une forêt primaire.

4) La Massane, fleuve côtier, se jette dans la Méditerranée à 22 km de sa source.

Concernant le débat entre forêt exploitée et forêt naturelle, lire sur ce blog l’article sur « La vie secrète des arbres », de Peter Wohlleben, Ed. Les Arènes, 2017.

Sur l’importance de la forêt dans nos territoires au Moyen-Âge, lire sur ce blog « Une révolution : désurbaniser et désindustrialiser pour (r)établir une société rurale et un environnement équilibrés ».

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Au sommet : la biodiversité en milieu ouvert

La présence des vaches, souligne l’association des Amis de la Massane, est fondamentale pour le maintien du paysage des pelouses sommitales et des landes du massif de l’Albère. C’est un autre milieu, ouvert celui-là, une autre biodiversité. Cet élevage bovin extensif, témoin d’une activité ancestrale, est, explique l’association, « le résultat d’une longue expérience pour trouver l’équilibre fragile entre activité humaine et préservation de la nature ».

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Pour préparer Foresterranée'11, l'association Forêt Méditerranéenne avait organisé réunions thématiques et visites de terrain. Ici, dans la forêt de la Massane.

Pour préparer Foresterranée’11, l’association Forêt Méditerranéenne avait organisé réunions thématiques et visites de terrain. Ici, dans la forêt de la Massane.

Foresterranée 2011 : forêt méditerranéenne et biodiversité

Cet article était paru en préambule aux rencontres Foresterranée’11, que l’association Forêt Méditerranéenne organisait les 17 et 18 novembre 2011 à Saint-Martin-de-Crau sur le thème « Usages, biodiversité et forêt méditerranéenne ».

L’association Forêt Méditerranéenne, qui réunit des adhérents et des métiers très divers autour de la forêt, avait préparé ce colloque par des groupes de travail et des visites de terrain, dont l’une dans la Forêt de la Massane.

L’association expliquait, dans le n°83 de son bulletin La Feuille et l’Aiguille (mai 2011), que « la biodiversité est une notion complexe, un concept qui évolue (dans l’histoire, dans le temps et dans l’espace), qu’il convient d’éclaircir ».

« Les gestionnaires de forêt ont souvent une position d’autodéfense dès qu’il s’agit d’intégrer les questions de biodiversité ; ne gagneraient-ils pas à tirer parti de la biodiversité au lieu d’en subir les contraintes ? Face à un empilement de réglementations et à des « niveaux » de gouvernance variables suivant les territoires, comment mettre en œuvre les politiques, règles et dispositions législatives, pour appliquer au mieux le concept de biodiversité à la gestion du territoire ? »

Ph.C.


FELIX RODRIGO MORA…………………. Une révolution : désindustrialiser et désurbaniser pour (r)établir une société rurale et un environnement équilibrés

Dans « Naturaleza, ruralidad & civilización« , Félix Rodrigo Mora déplore l’asservissement de l’être humain par la société de consommation et la destruction de l’environnement par son artificialisation extrême. Pour en arriver là, il a fallu détruire la société rurale traditionnelle, centraliser, industrialiser. L’auteur propose une véritable révolution pour recréer une société sobre, conviviale et démocratique, en phase avec la nature. Il est temps, dit-il, de sauver à la fois l’humanité et la biosphère.

Félix Rodrigo Mora, « Naturaleza, ruralidad & civilización«  (Éditions Brulot, 2008). En castillan.

Naturaleza

En Espagne, comme ailleurs en Europe, la société a été essentiellement rurale jusqu’à la révolution industrielle. Cette société rurale traditionnelle était caractérisée par un mode de gouvernement local communautaire, par la propriété collective de la terre et de l’espace rural, et par un esprit de convivialité. Elle a fermement lutté contre son démantèlement progressif, mis en œuvre successivement par la monarchie centralisatrice, par le libéralisme et par le franquisme, qui ont fini par avoir en grande partie raison d’elle.

Après la période centralisatrice, urbanisée et autoritaire de l’empire romain, ce que Félix Rodrigo Mora appelle la révolution civilisatrice du Haut Moyen-Age est à l’origine de la société rurale traditionnelle, dans laquelle primaient la relation sociale, la recherche de l’harmonie au sein de la communauté locale. Il y avait alors, dit-il, une conception du monde qui donnait la priorité aux relations humaines, à l’aide mutuelle, avec un détachement relatif par rapport aux biens matériels.

L’auteur décrit le système des conseils ouverts où les décisions concernant la vie locale se prenaient en assemblées ouvertes à tous. Ces conseils étaient souverains au niveau local et avaient un pouvoir législatif et exécutif.

En même temps la communauté était propriétaire collectivement de la plus grande partie de l’espace rural, des pâturages, parcours, landes, garrigues, bois, ruisseaux… qui pouvaient être utilisés par l’ensemble des membres de la communauté tout en veillant à l’intérêt commun.

En Alava par exemple les conseils ouverts géraient le labour collectif, la répartition de parcelles entre les familles pour une durée déterminée, le soin des parcours et des bois, l’organisation du pâturage. Ils géraient aussi le travail communal, les fêtes, l’approvisionnement, les activités artisanales communes et l’éducation.

L’auteur consacre un chapitre à la fête populaire qui, jusqu’à une période très récente, avait plusieurs fonctions : se divertir, renforcer les liens humains et donner libre cours à la créativité. Lors d’une noce par exemple, une bonne partie des invités participait à tour de rôle, en poussant la chansonnette (qu’ils avaient souvent inventée eux-mêmes), en récitant un texte à l’intention des époux ou en constituant l’orchestre du bal. On se divertissait en créateurs de culture plus qu’en consommateurs, en acteurs plus qu’en spectateurs passifs. Et donc, à la différence d’aujourd’hui, en dehors du marché.

Cette société rurale traditionnelle, note Félix Rodrigo Mora, a eu toutefois un défaut fondamental : l’absence d’objectifs pour se dépasser, « l’inexistence d’une formulation sur le quoi, le pourquoi et le comment du demain que l’on souhaite ». Elle a donc d’autant plus facilement été détruite par l’État.

L’action « modernisatrice » méthodique du franquisme

Cette destruction a connu son achèvement sous le régime franquiste, dans les années 1950-60. Jusque là, la société rurale a notamment refusé obstinément la mécanisation de l’agriculture : dans les régions de latifundia du sud de l’Espagne, ce sont les brassiers qui s’opposaient à l’introduction des machines, jusqu’à, parfois, y mettre le feu ; dans le reste de l’Espagne, où dominaient les conseils ouverts et les terres communales, les paysans n’étaient pas intéressés par les machines.

Avec l’industrie naissante, la classe ouvrière avait conservé des liens étroits avec le monde pré-industriel (esprit communautaire, aide mutuelle, dédain pour le monétaire, délibération en assemblées…). On comprend la forte résistance populaire au coup d’état de 1936. Selon l’auteur ce sont d’ailleurs les paysans, plus que les ouvriers, qui ont le plus résisté au franquisme.

Malgré la résistance, l’ordre nouveau a été instauré. « Si l’on voulait créer un mouvement ouvrier domestiqué, consumériste, acceptant de mener une vie de porcs, il fallait extirper à la racine la société populaire traditionnelle, ce que fit le franquisme. » L’État franquiste a procédé méthodiquement, avec d’une part l’Office National du Blé, auquel il fallait livrer tout le blé commercialisable. On a incité la monoculture de céréales, ce qui était un moyen de rentrer dans le marché et la bancarisation. L’extension de l’irrigation, la mécanisation, les engrais, les pesticides ont accompagné une logique productiviste de monocultures.

Albarracin (province de Teruel). La stérilisation totale par la disparition de la végétation arborée, que ce soit sur les terrains plats, en monoculture de céréales, ou sur les collines. Photo Diego Delso, Lic CC By SA 3 0, Wiki Commons.

Albarracin (province de Teruel). La stérilisation totale par la disparition de la végétation arborée, que ce soit sur les terrains plats, en monoculture de céréales, ou sur les collines. Photo Diego Delso, Lic CC By SA 3 0, Wiki Commons.

D’autre part, avec la création d’un organisme dénommé « Patrimoine forestier de l’État », on a continué à détruire la forêt traditionnelle autochtone en la remplaçant par des cultures et par des boisements artificiels de pins et d’eucalyptus.

L’intensification de la production agricole et la perte par les habitants ruraux de leurs moyens de subsistance liés à la forêt et à l’espace naturel ont entraîné un nouvel exode rural : entre 1950 et 1981, les communes de moins de 10 000 habitants ont perdu 5,3 millions d’habitants au profit des grandes villes.

« On a une fausse image du franquisme », dit Félix Rodrigo Mora : On le présente comme « un conglomérat de phalangistes, de curés et de militaires ignorants ». Il avait en réalité un programme technique, économique et politique très élaboré, dans une optique technocratique, productiviste et consumériste.

Il s’est acharné sur la société rurale traditionnelle, l’a dénigrée en la faisant passer pour « arriérée », et n’a eu de cesse de voir détruit le patrimoine culturel populaire : l’agriculture, l’élevage, les métiers, la médecine et la pharmacopée, la musique et la danse, la tradition orale, l’architecture populaire… Et il a attaqué violemment les langues autres que le castillan, pour toujours plus uniformiser la société et la dominer.

Félix Rodrigo Mora n’en parle pas mais le processus de « modernisation » a été à peu de choses près le même en France. Comme en Espagne il a été préparé par l’idéologie libérale. Puis, au nord des Pyrénées, ce n’est pas le franquisme qui a pris le relais mais la République progressiste et, à la Libération, les gouvernements de centre-gauche et de gauche. Pour Félix Rodrigo Mora, la gauche et la droite partagent la même conception d’un État fort et du développement industriel et technologique, censés apporter les biens matériels mais en réalité responsables de l’asservissement des citoyens et de la destruction de l’environnement.

Forêt, régime des pluies et fertilité des sols

Deux cents ans de politique libérale en agriculture, estime Félix Rodrigo Mora, ont abouti à un recul de la santé de la biosphère qui se traduit par une baisse des rendements agricoles, une diminution de la matière organique, l’augmentation de l’érosion et de la salinisation des sols, l’acidification et la pollution par les métaux lourds, la disparition des aires boisées, la désertification, la perte de biodiversité. Ajoutons à cela l’altération climatique liée à l’émission de gaz à effet de serre par la civilisation urbaine et industrielle.

La vigne (Campos de Carinena, Aragon) en culture intensive, comme les céréales ou l'olivier, stérilise les sols. Photo Diego Delso, Lic CC By SA 4 0, Wiki Commons.

La vigne (Campos de Carinena, Aragon) en culture intensive, comme les céréales ou l’olivier, stérilise les sols. Photo Diego Delso, Lic CC By SA 4 0, Wiki Commons.

Aujourd’hui, les pouvoirs publics prônent l’agriculture biologique mais, pour l’auteur, celle-ci n’est que le nouveau cheval de bataille de l’agriculture industrielle et productiviste, en particulier avec le Règlement européen de 1991.

F. Rodrigo Mora insiste sur la gravité de la dégradation de l’espace naturel boisé, due à la fois à l’expansion des terres cultivées, aux effets de la civilisation industrielle et urbaine sur le climat et à la modification locale des équilibres : remplacement des espèces d’arbres autochtones par des espèces à croissance rapide (surtout les résineux, qui acidifient et stérilisent les sols) et uniformisation de la forêt, épuisement des sources et des nappes phréatiques par la diminution de la pluviosité et par le recours excessif à l’irrigation agricole, baisse de l’humidité de l’air liée au recul de la couverture du sol.

Dans un effet boule de neige, climat et recul de la forêt sont les causes de la perturbation du régime des pluies : la sécheresse estivale est de plus en plus longue dans la péninsule ibérique (100 à 130 jours aujourd’hui dans la Sierra Morena contre 74 au XVIIIe s.), ce qui fragilise les plantules et les jeunes brins et compromet leur croissance. Grâce à des précipitations estivales supérieures, il y avait d’importantes hêtraies au XVIIIe s. dans les Monts de Tolède et au XVIe dans la Mancha. La superficie boisée n’est plus, à l’heure actuelle, que de 15 % en Espagne, en comptant bien sûr les plantations industrielles.

Les parcelles céréalières qui recouvrent aujourd’hui d’énormes surfaces en Vieille et Nouvelle Castille, nues en été, ne remplissent plus la fonction d’infiltration des eaux de pluie et d’évaporation qui était celle des espaces boisés ; elles sont au contraire soumises au ruissellement et à l’érosion éolienne et l’on assiste à une forte dégradation des sols, irréversible pour des siècles. Cette dégradation est encore pire, on le sait, sur les pentes, comme le montrent les nombreux paysages désertiques du territoire espagnol.

Revenir à une existence frugale et conviviale

Pour Félix Rodrigo Mora, il est urgent de renverser la vapeur, de « détruire la société technique » et donc « d’adopter des systèmes techniques simples et une existence frugale et sobre », cela en « privilégiant les exigences immatérielles de l’être humain. » Il faut en même temps renoncer au mode de vie urbain (« qui inclut pouvoir centralisé, État, pouvoir des élites culturelles, argent, individualisme et consommation effrénée ») et revenir au style de vie rural.

La ville (Madrid, Avenida de América), un milieu extrêmement artificialisé, qui consomme les ressources naturelles. Photo Luis Garcia, Wiki Commons.

La ville (Madrid, Avenida de América), un milieu extrêmement artificialisé, qui consomme les ressources naturelles. Photo Luis Garcia, Wiki Commons.

Il faut aussi « restaurer la nature », avec un nouveau type d’agriculture et une vision plus globale. Cela implique, comme avant l’industrialisation de l’agriculture, une gestion équilibrée de l’agriculture et de l’élevage (celui-ci apportant lait, viande, cuir, laine mais aussi et surtout matière organique) et de compter sur les importantes ressources alimentaires du milieu naturel : plantes et baies sauvages (plus de 150 ont été utilisées pour l’alimentation), champignons, chasse, pêche… La forêt, autrefois, fournissait par exemple des châtaignes et des glands (le pain de glands était la première ressource alimentaire de certaines régions) ou encore des branchages servant de fourrage pour les bêtes en été.

Et pour les terres cultivées, qui devraient être fortement réduites et se limiter aux terrains plats pour éviter l’érosion, il faudrait avoir des pratiques agronomiques appropriées : fertilisation naturelle par la végétation (feuilles des arbres) et les déjections des animaux, polyculture, association d’espèces, rotation, couverture permanente des sols par la végétation, très peu de labour, peu d’irrigation et de chimie, mécanisation minimale. Faire passer le régime alimentaire des 3 300 calories moyennes par jour actuelles à un niveau plus souhaitable de 2 500 permettrait de réduire d’un quart les terres cultivées. Pour le reste, il faudrait renoncer aux cultures d’exportation et aux « produits de plaisir » (café, thé, vin, tabac, sucre…). Ce qui en même temps permettrait aux pays producteurs de café, par exemple, de se réorienter vers les cultures vivrières pour leur consommation.

Cette ré-orientation demanderait à ce que chaque citoyen valide participe aux travaux liés à la ressource alimentaire. « Mais pour un temps limité, de manière à pouvoir avoir d’autres occupations. »

L’auteur estime aussi qu’il faudrait entreprendre une reforestation générale, qui consisterait à planter 20 millions d’hectares (en plus des 14 millions boisés actuellement) dans un délai de cinquante ans. Ce qui implique de « désagricoliser, désurbaniser et détouristifier ».

Tout cela n’est possible qu’avec « une révolution politique », car tout est politique, dit Félix Rodrigo Mora. Il cite l’exemple de l’automobile : « le régime actuel de dictature », dit-il (pour lui, la démocratie est directe ou elle n’est pas), « accorde aux populations soumises, dégradées, dépossédées une trompeuse illusion de liberté, de vitalité et de possession, aux fonctions narcotiques, alors que leur existence est dépossédée de tout sens et objectifs humains. »

L’auteur appelle donc à une révolution des mentalités et du mode de vie mais aussi à une révolution des modes de décision avec un retour à des conseils locaux ouverts et à la propriété communale (associée à la propriété privée limitée aux surfaces ne nécessitant pas de travail salarié).

Les propositions de Félix Rodrigo Mora peuvent paraître utopiques, mais si l’on considère que son analyse est réaliste, il faut apporter des réponses à la hauteur de l’enjeu. Le but, souligne-t-il, n’est pas de revenir à la société d’autrefois mais de se servir de ses points positifs pour construire une nouvelle société plus humaine et plus respectueuse de son environnement que l’actuelle.

Ph.C.

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Voir les blogs de Félix Rodrigo Mora :

Esfuerzo y servicio

Et FélixRodrigoMora , avec ses publications.

Félix Rodrigo Mora donne, dans une vidéo (en castillan), une vision du Moyen Âge peu conforme au discours conventionnel des historiens. Voir la vidéo.

Sur les conseils ouverts et la propriété collective de l’espace rural voir aussi le livre de David Algarra Bascón, « El Comú Català. La història dels que no surten a la història » (« Le Commun Catalan. L’histoire de ceux que l’histoire ne fait pas apparaître »), Éditions Potlatch, 2015, en catalan.

Note de lecture dans ce blog sur ce livre.

Sur un thème proche, lire dans Éclairages Publics : « Révolution intégrale: plutôt que d’essayer de réformer la société, ils veulent en construire une autre. »


« Tout n’est pas blanc et noir, en Afrique comme ailleurs »

Pour des hommes « qui ne sont pas rentrés dans l’histoire », les Africains d’aujourd’hui sont bien créatifs, combatifs et solidaires. C’est ce que montre le livre (1) de Daniel Dupuis qui a recueilli de nombreux témoignages d’hommes et de femmes à l’action dans divers pays d’Afrique de l’Ouest. L’auteur met en balance cette réalité avec le discours raciste qui, de Voltaire à Sarkozy, justifie la colonisation.

1) « Tout n’est pas blanc et noir. En Afrique comme ailleurs », Daniel Dupuis, Éditions alfAbarre, 2015.

Tout n'est pas blanc et noir face 2

Daniel Dupuis nous invite, à travers ces pages, à un va-et-vient entre d’un côté le discours de grands écrivains et hommes politiques français, du XVIIIe siècle à nos jours – un discours qui célèbre uniformément la supériorité de la race blanche -, et de l’autre côté la rencontre d’Africains d’aujourd’hui, qui construisent pierre à pierre leurs sociétés et leur avenir.

L’imaginaire raciste vient de loin, explique Daniel Dupuis, qui cite souvent les travaux de Survie et en particulier l’ouvrage d’Odile Tobner « Du racisme français » (Ed. Les Arènes, 2007). Les « nègres », dit Voltaire, sont prodigieusement moins intelligents que les blancs. Pour Montesquieu, ils sont « naturellement paresseux » et pour Hegel ils représentent « l’homme naturel dans toute sa barbarie », sans « moralité » ni « sentiment ».

Cet imaginaire n’est pas neutre, il contribue à justifier la conquête coloniale, comme le fait Victor Hugo en 1879 : « L’Afrique n’a pas d’histoire ; une sorte de légende vaste et obscure l’enveloppe. » Aussi l’Europe est-elle selon lui légitime à faire de l’Afrique « un monde » : « Allez, Peuples ! Emparez-vous de cette terre. Prenez-la. A qui ? A personne. Prenez cette terre à Dieu. Dieu donne la terre aux hommes. Dieu donne l’Afrique à l’Europe. Prenez-la. »

Ernest Renan (1823-1892) prône « la régénération des races inférieures ou abâtardies, par les races supérieures ». Pour lui, la « race chinoise » est une race d’ouvriers, « le nègre » est fait pour travailler la terre et il y a « une race de maîtres et de soldats, c’est la race européenne. » Jules Ferry ne dénote pas, en estimant que les « races supérieures » ont « le devoir de civiliser les races inférieures ». Ni Léon Blum (1872-1950) qui, avec d’autres mots, tient à peu près le même discours.

Aussi ne faut-il pas s’étonner du vote, le 23 février 2005, par les parlementaires français d’une loi évoquant « le rôle positif de la présence française outre-mer », en oubliant de parler de rôle négatif. Aimé Césaire (« Discours sur le colonialisme », 1955) avait pourtant dressé le bilan de la colonisation : des « sociétés vidées d’elles-mêmes, des cultures piétinées », les milliers d’hommes sacrifiés à la construction du chemin de fer Congo-Océan (15 à 30 000), « les millions d’hommes à qui l’on a inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité… », « les cultures vivrières détruites, la sous-alimentation installée… ». Et puis il y a les millions (de 11 à 20 selon les estimations) d’Africains victimes de la traite.

Lorsque le 26 juillet 2007 le Président de la République Française, Nicolas Sarkozy, dans son discours de Dakar, estime que « l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire » et qu’il « ne s’élance jamais vers l’avenir », il y a, dit Daniel Dupuis, « de l’arrogance et du paternalisme » et surtout beaucoup d’ignorance et d’inculture ; et c’est en même temps la perpétuation d’une culture raciste et colonialiste française.

Terre d’espoir

A l’inverse des affirmations du journaliste franco-américain Stephen Smith (« Négrologie », Calman-Levy, 2003), pour qui l’Afrique est un « Ubuland sans frontières, terre de massacres et de famines, mouroir de tous les espoirs », l’Afrique, estime Daniel Dupuis, fourmille de ressources… humaines qui s’emploient à construire un monde meilleur.

Et l’auteur en donne de nombreux exemples, à travers des témoignages recueillis en 2010 et 2011 au Burkina Faso, au Mali, au Niger, au Sénégal et au Bénin.

Parmi eux, Germain Ouédraogo évoque le théâtre d’intervention sociale, qui contribue à la sensibilisation des spectateurs, par exemple sur des questions comme l’excision, la scolarisation des filles, la culture biologique…

Un chapitre est consacré aux « écologistes en action », dont Haïdar el Ali, fondateur de la Fédération démocratique des écologistes du Sénégal, à l’origine de la plantation de plus de cent millions de palétuviers pour reconstituer la mangrove du littoral de la Casamance.

Les chanteurs, comme Didier Awadi, Smockey, Sam’sklejah, sont pour leur part engagés dans la dénonciation de la misère, du chômage, de l’analphabétisme et de la corruption. Les deux derniers sont à l’origine du « Balai Citoyen » (2013), mouvement qui a fortement contribué au départ de Blaise Compaoré, le président du Burkina Faso.

Les femmes sont à l’origine de nombreuses initiatives, pour la scolarisation des adolescentes, pour l’alphabétisation des femmes, la connaissance de leurs droits, leur formation à la gestion, contre l’excision, la polygamie… Françoise Bibiane Yoda et le réseau Femmes en action accompagnent les associations dans le développement d’activités génératrices de revenu.

Il y a aussi les paysans, tel Yacouba Sawadogo (Burkina), qui a encouragé la diffusion de techniques adaptées à l’environnement sahélien (zaï, demi-lune) et qui, comme Mamadou Diakité (Mali), a promu la régénération naturelle assistée : en plantant des arbres selon des techniques simples et appropriées des centaines de milliers d’hectares du Sahel ont échappé à la désertification.

Au Burkina, les Groupements Naam travaillent aussi pour un développement agricole solidaire, respectueux de l’homme et de la nature, et pour la sécurité alimentaire.

Ousmane Tiendrébéogo, lui, se bat contre le coton OGM de Monsanto, qui endette les paysans et cause leur expulsion au profit de grandes entreprises financières.

Des exemples d’activités dans le secteur informel (à Cotonou notamment), illustrent la faculté d’adaptation des Béninois, entre autres, dans une économie dominée par un système économique néo-colonial.

Daniel Dupuis donne aussi la parole aux militants politiques, altermondialistes par exemple, comme Moussa Tchangari et Ali Idrissa (Niger), qui dénoncent les conditions de l’exploitation de l’uranium par Areva ; ou comme Samba Tembely au Mali (Coalition des alternatives africaines dette et développement.

Nous sommes donc loin de l’inertie et de l’indolence d’indigènes assommés par le soleil tropical ou inhibés par leur incapacité à prendre en mains leur destin. Adama Ba Konaré avait écrit un « Petit précis de remise à niveau sur l’histoire africaine à l’usage du président Sarkozy » (La Découverte/Poche 2009). Le livre de Daniel Dupuis est une sorte de petit précis des initiatives et du courage humain. A lire absolument pour avoir un aperçu d’une réalité assez largement ignorée par les médias français, encore en 2016.

Ph.C.


« El Comú Català » : la longue lutte du peuple contre la spoliation des biens communs

Le « sacré droit de propriété » et la démocratie par délégation, qui dominent aujourd’hui notre société, n’ont pas toujours été la règle. David Algarra Bascón, dans « El Comú Català. La història dels que no surten a la història », décrit ce qui a été la réalité, du Haut Moyen Âge au XIXe, en Catalogne comme ailleurs : la propriété et la gestion communales de la terre et des espaces naturels par les communautés rurales et l’auto-gouvernement en assemblée de ces communautés et des communautés des villes.

El Comu Catala 2

« El Comú Català. La història dels que no surten a la història » (« Le Commun Catalan. L‘histoire de ceux que l’histoire ne fait pas apparaître ») est paru en octobre 2015 aux Ed. Potlatch.

Ce livre, en catalan, de David Algarra Bascón, dévoile une réalité cachée par l’histoire officielle (« Qui contrôle le passé, contrôle le futur », dit George Orwell). Cette histoire, c’est celle du « commun » catalan. Le commun, pour la communauté des habitants (villageoise ou urbaine) mais aussi pour les biens communs.

L’auteur s’appuie sur un considérable travail de documentation, qui transparaît, avec de nombreux exemples de situations locales dans toute la Catalogne et à diverses époques (la Catalogne nord n’est pas oubliée).

Son principal enseignement, c’est l’existence durant une longue période, au moins depuis le Haut Moyen Âge puis jusqu’au XIXe (avec un délitement progressif sous les coups de boutoir de la monarchie puis du libéralisme), d’un mode de vie et de gouvernement du peuple aujourd’hui disparu.

Il y avait d’une part une combinaison de la propriété familiale (sur les maisons, leurs dépendances et sur les terres cultivées) et de la propriété communale (sur les pâturages, les landes, les garrigues et les bois mais aussi sur des biens publics tels que moulins, forges, fours, boucheries, taverne, systèmes d’irrigation…). La notion de propriété n’avait pas le caractère absolu que nous connaissons aujourd’hui : c’était avant tout un droit d’usage, avec obligation de maintenir le bien de façon durable pour les générations à venir.

D’autre part, sur le droit d’usage familial se superposait un autre droit d’usage sous la forme d’une série de servitudes au profit de la communauté. Tout habitant du lieu pouvait faire paître ses animaux sur les terres de cultures d’autrui après la récolte (droit de « rostoll » ou vaine pâture, et de « redall » ou secondes herbes), ou ramasser les épis oubliés (« espigatge »). Le passage du bétail profitait en même temps à la parcelle, qui recevait le fumier.

L’ensemble des habitants bénéficiaient par ailleurs de droits d’usage sur les terrains communaux : pâturer, faire du bois de chauffage, couper du bois de charpente, chasser, pêcher, cueillir fruits et plantes sauvages…

Le tout était régulé de façon collective pour éviter les abus et assurer l’accès équilibré de chacun aux ressources communes. La communauté se réunissait en effet régulièrement en « conseil ouvert », auquel tous les habitants (toutes les familles) pouvaient participer. Ces conseils avaient non seulement une fonction économique mais aussi, et peut-être avant tout, une fonction d’assurer le vivre ensemble (le mot « convivencia », cher aux amoureux du passé occitan, est le même en catalan).

Ce mode de vie « en commun » comportait la solidarité et l’aide mutuelle. La femme y avait une liberté qu’elle perdra quelques siècles plus tard. Et la communauté disposait d’une grande autonomie face au pouvoir royal ou seigneurial, qu’elle défendait d’ailleurs au besoin avec sa milice populaire.

Un droit coutumier détruit par la force

Cette réalité se retrouve, avec des variantes, en Castille et Léon, au Pays Basque, dans les Asturies, en Galice, et aussi au-delà des Pyrénées dans les domaines francs (ou encore en Allemagne, en Angleterre…). (1)

David Algarra Bascón analyse comment, à travers les siècles, la notion de communs est apparue puis a été battue en brèche. Des vestiges archéologiques montrent que les Ibères, qui peuplaient la Catalogne avant l’arrivée des Romains, ainsi que les Aquitains et les Vascons (dans une frange pyrénéenne au nord), avaient une structure sociale égalitaire et disposaient de zones d’usage commun (fours, silos).

Photo elcomu.cat

Photo elcomu.cat

La période romaine est une vraie coupure, avec l’imposition d’un système centralisé, oligarchique (grands domaines), patriarcal, esclavagiste. Mais avec la crise de l’empire on observe un retour à la campagne, une structuration en petits groupes avec des formes d’organisation de type communautaire et d’autosuffisance. L’unité d’exploitation, qui était la villa, devient la famille paysanne.

On note alors l’influence de la religion chrétienne, opposée (chez les premiers chrétiens) au patriarcat, à la propriété privée, à l’esclavage. Il faut noter que les premières églises rurales (VIe siècle) prennent la forme architecturale de la basilique, qui est un immeuble civil ; on peut penser qu’au-delà de leur fonction de lieu de culte elles avaient un usage de lieu de réunion.

Viennent les Wisigoths, puis les Francs. Ceux-ci amènent des populations, qui s’emparent de terres, mais les populations autochtones résistent. Au IXe, le déclin des Carolingiens s’accompagne d’une montée du pouvoir des populations dans le contrôle des terres.

Celui-ci, toutefois, était régi par un droit coutumier, non écrit. Le droit écrit appartiendra, par la suite, au Roi et aux seigneurs. Ceux-ci, avec les « cartes de peuplement » attribueront des « privilèges » : ils ne feront en fait que reconnaître les droits des occupants de la terre, c’est-à-dire les habitants et leurs communautés. Mais ce sera un premier pas dans la volonté d’accaparer ces terres.

Durant le Haut Moyen Âge et une partie du Bas Moyen Âge, le pouvoir n’était pas concentré, comme on l’imagine parfois, mais très divisé entre le Roi, le comte, les seigneurs laïcs et ecclésiastiques et le pouvoir populaire. Les premiers s’efforcent d’imposer peu à peu leur domination et de percevoir des rentes au détriment des populations. La création des paroisses, à la fin du IXe siècle, sera l’occasion de mettre en place la dîme et les prémices.

La spoliation des terres communales va se faire au long des siècles sous la pression de divers éléments : l’endettement des communautés, pressurées par le Roi pour payer les frais occasionnés par les nombreuses guerres, les amènera à vendre des biens ; à partir des XVe-XVIe s., les seigneurs attribueront à certains paysans des terres selon un bail emphytéotique (de longue durée et moyennant une rente) ; ces « propriétaires » emphytéotiques auront ensuite tendance à refuser l’application des servitudes communales sur « leurs » terres et auront tendance à vouloir s’agrandir au détriment du communal.

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La monarchie elle-même recourra, de 1798 à 1855, à des « désamortissements » (desamortitzacions) successifs, dont le dernier, le « désarmortissement de Madoz », aboutira à la vente des biens communaux : pour éponger ses dettes, le royaume avait décidé la vente des biens de l’Église, puis de ceux de l’État et des communs (terres, bâtiments, moulins et autres biens). En raison de l’instabilité politique (guerre napoléonienne, guerres civiles, guerres carlistes), l’application de ces décrets prendra du temps, mais l’abrogation des lois de désamortissement, en 1924, arrivera trop tard : le mal était fait.

Le prétexte budgétaire des désamortissements coïncide avec la montée du libéralisme, qui défend la propriété individuelle et exclusive.

Ce qui restait des biens communaux sera géré par l’État, notamment les bois, que les ingénieurs forestiers s’emploieront à artificialiser pour une utilisation marchande. D’ailleurs, au XXe s., l’expansion de l’agriculture productiviste, avec importation d’engrais et de carburants, coupera le lien avec la gestion traditionnelle des biens communaux, leur diversité d’utilisations et leur esprit durable.

Une longue résistance

Pour ce qui est des conseils ouverts, ils sont peu à peu remplacés, à partir du XIIe siècle et surtout au XIVe, et à l’initiative du pouvoir central, par des conseils fermés. Ils sont d’abord composés de représentants de la communauté, qui restent très liés par les décisions de celle-ci et n’ont qu’un pouvoir d’exécutif et de porte-parole, mais s’en affranchiront peu à peu. Puis, en 1716, les décrets de « nova planta » remplacent les conseils populaires par des municipalités (« ajuntaments ») le plus souvent dirigées par des magistrats (alcalde et conseil de regidors) nommés par le représentant du Roi. Les communautés continuent à lutter pied à pied pour conserver leurs conseils ouverts. Malgré cela, ceux-ci seront de plus en plus aux mains des élites locales dont la gestion sera peu conforme aux intérêts du peuple : perception croissante d’impôts, vente des biens communaux, souvent au bénéfice des gros propriétaires locaux.

Les élites espagnoles (l’Église, l’aristocratie et la bourgeoisie) auront donc réussi, bien qu’au bout de nombreux siècles du fait de la forte résistance populaire, à s’approprier les biens communs. Le régime libéral, en place à partir du XIXe, a une vision précise de la propriété : c’est la propriété des riches. Elle entraîne la prolétarisation des paysans, qui, privés de leurs moyens de subsistance, n’ont d’autre solution que d’aller vendre leur force de travail dans les villes.

L’expérience anarcho-syndicaliste, pendant la révolution sociale de 1936-39, s’est efforcée de recréer un pouvoir populaire dans les campagnes ; mais, dit David Algarra Bascón, « avec leur vision trop urbaine, ils n’ont pas compris qu’il y avait, de la part des paysans, une demande d’une solution mixte entre la propriété familiale et le travail collectif« . Il conclut avec l’historienne Rosa Congost : la fin de la société populaire rurale traditionnelle « n’est pas le triomphe de l’individualisme sur le collectivisme mais celui d’une minorité sur une majorité« . Ce que Blai Dalmau Solé dit d’une autre façon en parlant de « révolution des riches contre les pauvres ».

Ph.C.

1) Dans « L’Entraide, un facteur de l’évolution« , pages 289 à 292 (Ed. Ecosociété 2001), Pierre Kropotkine décrit le même processus de dépossession des communautés rurales tel qu’il s’est déroulé en France.

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En savoir plus :

Le livre est en vente, à Perpignan, à la Llibreria Catalana, 7 Place Jean Payra, tél. 04 68 34 33 74, site de la Llibreria Catalana.

Site du livre

Sur le livre encore :

Coopérative Intégrale Catalane

Reconstruir el comunal

Félix Rodrigo Mora (qui a préfacé ce livre) donne, dans une vidéo (en castillan), une vision du Moyen Âge peu conforme au discours conventionnel des historiens : Voir la vidéo

Publications de Félix Rodrigo Mora : Le livre « Naturaleza, ruralidad y civilización » (2008) évoque aussi le thème des communs.