Les ouvrières viticoles : femmes et ouvrières, la double peine

Les femmes ont longtemps été utilisées comme journalières en viticulture pour leur faible coût et leur flexibilité. Mal payées (au « demi-salaire »), cantonnées dans les tâches soi-disant non qualifiées, employées plus occasionnellement que de manière permanente, elles n’ont jamais réellement accédé à un statut à part entière. Jean-Louis Escudier a étudié cette réalité de près sur la période des XIXe et XXe siècles.

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La plupart des historiens, lorsqu’ils évoquent la condition des femmes ouvrières, se polarisent sur l’industrie ou la domesticité, ignorant les ouvrières agricoles. De même, lorsqu’on parle des femmes en agriculture, on parle généralement des épouses d’exploitants, très rarement des ouvrières agricoles. L’ouvrage de Jean-Louis Escudier, « Les ouvrières viticoles. Travail, salaire et luttes sociales – XIXe-XXe siècles » (Éditions Le Temps des Cerises, 2016) rend justice, à travers une étude très fine, à celles qui ont tenu une grande place dans les travaux de la vigne depuis son expansion, au milieu du XIXe siècle, jusqu’au siècle suivant.

Chargé de recherche au CNRS (Lameta, Université Montpellier 1), Jean-Louis Escudier développe un programme de recherche visant à mieux comprendre les dynamiques de long terme entre le travail et le capital. Dans le sujet de recherche qui est à l’origine de ce livre, il centre son étude sur les ouvrières viticoles, dans l’ensemble des régions de production françaises. L’agriculture, dit-il, est un terrain fertile pour qui souhaite confronter rapports de genre et rapports salariaux ; et la viticulture tout particulièrement dans la mesure où elle a vécu une transformation radicale en une génération, à partir des années 1850 : expansion du marché du vin avec l’arrivée du chemin de fer, puis reconstruction du vignoble suite à la crise phylloxérique.

Le premier chapitre (1860-1914 : la salariée viticole, une travailleuse indispensable) montre que, dans la division sexuée du travail, l’emploi féminin est fortement infériorisé, à tel point que les ouvrières n’apparaissent pas dans les statistiques et registres. Elles sont pourtant bien présentes dans le vignoble mais leur travail n’est pas reconnu, donc passé sous silence.

Aux hommes le travail « qualifié », aux femmes les travaux pénibles

Dans cette période déjà, alors que les tâches qualifiées sont réservées aux hommes, les femmes sont utilisées comme main-d’œuvre moins chère, corvéable à merci et « non qualifiée ». Le greffage est réservé aux hommes, les femmes sont affectées à la greffe sur table en pépinière (plus automatisée et aux cadences exigeantes) ; ce sont les hommes qui taillent mais les femmes qui ramassent les sarments ; les hommes portent les pulvérisateurs à dos, les femmes les approvisionnent en eau ; les femmes coupent le raisin, les hommes portent la hotte ; les femmes sont tenues à l’écart de l’élaboration du vin mais elles rincent les bonbonnes et les bouteilles, posent les étiquettes et emballent.

Et paradoxalement, lorsqu’on choisit les femmes pour réaliser un travail délicat, comme le tri et le ciselage des raisins de table, on ne les considère pas pour autant comme effectuant un travail qualifié et elles restent sous-payées.

Quand arrive une certaine mécanisation, à la fin du XIXe (charrues tractées, broyeurs de sarments), c’est l’homme qui manie la machine et la femme qui effectue le travail manuel.

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Les femmes, de manière générale, sont affectées aux travaux intermittents, saisonniers, on les utilise pour leur flexibilité (non choisie), dans les travaux et les postures les plus pénibles, et on les paie bien moins que les hommes : jusqu’au milieu du XXe, la règle pour les femmes est le « demi-salaire » (la moitié du salaire des hommes les moins qualifiés).

Par ailleurs, les femmes sont désavantagées dans le domaine social : les premières mutuelles sont exclusivement masculines (jusqu’en 1898) et elles ne couvrent que le cotisant, pas ses ayant-droit (jusqu’en 1930). Les retraites désavantagent les femmes : elles cotisent peu (petits salaires, temps partiel) et touchent encore moins, proportionnellement. En l’absence de congés maternité, les mères travaillent le plus longtemps possible jusqu’à l’accouchement et tout de suite après.

L’ostracisation du travail féminin n’est pas que le fait des patrons. La mentalité masculine en est fortement imprégnée, y compris dans les mouvements politiques et syndicaux. Le mouvement socialiste évoque bien, dans les discours, les rapports économiques de genre, mais il ne les traduit pas dans les revendications ni les luttes. D’une part, le statut économique et social des salariées agricoles est méconnu, d’autre part il y a des réticences par rapport à l’emploi salarié des femmes rurales ; cela parce que l’on considère que la place de la femme est au foyer mais aussi parce que l’on estime que le salaire masculin doit suffire à nourrir la famille.

Dans le mouvement syndical, alors que les femmes s’impliquent souvent, peu de place est accordée à leurs revendications spécifiques et elles sont encore moins partie prenante des négociations entre syndicats et employeurs.

La guerre de 14 marque un tournant, qui ne changera pas fondamentalement la situation des ouvrières viticoles (2e chapitre : « 1914-1945 : la salariée viticole oubliée du progrès social« .

Certes, la guerre bouscule les rapports sociaux de genre. Les hommes étant mobilisés, les femmes les remplacent, s’impliquant largement dans la marche des exploitations ; elles font le travail des hommes, mais pour des salaires de femmes. Et avec le retour de la paix, chacun reprend sa place.

Les ouvriers de l’industrie voient quelques progrès dans leurs revenus et conditions de travail (hausse des salaires en 1913, baisse du temps de travail en 1919) mais l’agriculture ne suit pas le rythme.

Il faut attendre le Front Populaire pour voir des avancées qui concernent aussi l’agriculture, comme les congés payés (12 jours ouvrables en 1936). Les conventions collectives (1937) prévoient la baisse du temps de travail, mais leur extension (qui rend leur application obligatoire par tous les employeurs) est très lente en agriculture.

Pour parer à l’exode rural, on préfère mettre en place le salaire indirect que représentent les allocations familiales agricoles qu’augmenter les salaires.

Et la mécanisation, qui se renforce, reste réservée aux hommes ; elle n’est pas utilisée pour réduire la pénibilité du travail féminin.

L’augmentation de la syndicalisation avec le Front Populaire aboutit à une timide prise en compte de la condition des ouvrières agricoles.

Peu à peu remplacées par la machine

La loi du 11/02/1950 (3e chapitre : « 1945-1980 : un emploi viticole féminin toujours précaire« ) marque un net changement concernant les salaires puisqu’elle établit la parité entre hommes et femmes pour le salaire minimum. Mais les emplois féminins régressent avec la montée de la mécanisation : entre 1950 et 1980, le temps de travail annuel nécessaire à la culture d’un hectare de vigne est divisé par trois. L’augmentation du salaire féminin est aussi certainement une des raisons d’un moindre recours aux femmes pour les travaux viticoles. La cueillette des raisins (vendanges et raisin de table) reste l’un des derniers bastions du travail féminin.

La généralisation des allocations familiales (dont l’allocation de salaire unique) concourt elle aussi au recul de l’emploi féminin, en ramenant la femme dans son foyer.

L’égalité hommes-femmes sur les grilles salariales, pour sa part, n’arrivera qu’en 1972. En 1974, les 40 heures sont appliquées tardivement aux salarié(e)s agricoles mais avec encore des dérogations… et des heures non déclarées.

Sur le plan syndical, à la Libération les femmes sont généralement admises dans les syndicats mais elles accèdent peu aux postes de responsabilité, bien qu’elles soient très présentes et combatives dans les grèves. Avec les crises viticoles et la mécanisation, le rapport de forces est de plus en plus défavorable aux salariés, et aux femmes encore plus.

Dans les années 1980, alors que les salariées viticoles sont de moins en moins nombreuses et malgré le salaire minimum pour tou(te)s, leur précarité salariale, le temps partiel, la flexibilité persistent comme persistent les discriminations à l’embauche, la non reconnaissance de la qualification et l’absence de profil de carrière.

La condition des ouvrières viticoles pendant les deux siècles étudiés est certainement due à une conjonction de facteurs, comme l’exprime Madeleine Guigliardi en 1947 au Xe Congrès national de la FNTA (Fédération nationale des travailleurs de l’agriculture – CGT) à Bourges. « Les femmes sont plus durement exploitées que les hommes par le régime capitaliste« . Mais il y a aussi les mentalités qui ne reconnaissent pas l’égalité hommes-femmes, ce qui se traduit par exemple dans le domaine syndical : « En ce qui concerne l’égalité pour les femmes« , dit Madeleine Guigliardi, « malheureusement nous avons encore à lutter contre des camarades quelquefois ; comment voulez-vous que nous n’ayons pas à lutter contre les patrons ?« 

Ph.C.

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1907 : unanimisme de façade

L’auteur souligne « la surexposition médiatique des viticultrices dans la révolte de 1907 » : elles ont souvent été mises en avant, notamment pour illustrer la misère familiale due à la crise.

Et ce « mouvement interclassiste« , auquel les ouvriers agricoles ont largement participé, occulte pourtant, dans ses revendications et son discours, le statut des salariés viticoles.

Pourtant, comme le souligne en 1908 le syndicaliste François Cheytion, « les morts et les blessés (de 1907) ne se comptent que chez les ouvriers. Pendant les manifestations, les propriétaires manifestaient dans leurs salons, à l’abri des murailles de leurs châteaux« .

Une fois le calme revenu et les marges nettes d’exploitation restaurées, les revendications des ouvriers agricoles ne sont pas plus entendues qu’avant.

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En savoir plus : Le Temps des Cerises.

Lire aussi, sur ce blog : « 1907, la Révolte du Midi ».

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1907, la Révolte du Midi

Ce livre apporte un éclairage qui permet de mieux comprendre les événements historiques de la crise viticole de 1907.

« 1907, la Révolte du Midi de A à Z ». Jean Sagnes et Jean-Claude Séguéla, Editions Aldacom, 2007.

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Mythes et réalité

. Les causes de la crise.
. Ses implications politiques.
. L’intérêt de l’analyse historique.

Par leur ampleur, les événements de 1907 en Languedoc-Roussillon ont marqué la mémoire collective de notre région. A un point tel que l’on a pu retenir leur caractère épique tout en oubliant certaines réalités.
L’une de ces réalités apparaît clairement dans le livre de Jean Sagnes et Jean-Claude Séguéla, « 1907, La Révolte du Midi de A à Z », paru aux éditions Aldacom : sur le plan économique, la crise viticole du début du siècle dernier était avant tout une crise de surproduction, bien plus que la conséquence de la fraude.
Par ailleurs, on ne saurait comprendre le déroulement des événements de l’époque sans prendre en compte la situation politique d’alors, auxquels ils sont étroitement liés.
L’historien Jean Sagnes et Jean-Claude Séguéla, enseignant de langues vivantes et diplômé des techniques de l’information, apportent dans leur livre des éléments précieux de compréhension de cette période historique. Cela d’une façon qui rend la lecture facile et agréable, sans pour autant que soit négligée l’analyse historique.

La fraude, bouc émissaire

Dès le début des événements, et notamment avec la création du Comité d’Argeliers, c’est la fraude qui a été mise en avant comme facteur d’explication de la crise de mévente et de chute des cours du vin. Les auteurs, rappelant le contexte, donnent un autre éclairage : la vigne, à partir des années 1850, a bénéficié du développement du transport ferroviaire, devenant une monoculture dans notre région ; cette première période de prospérité est stoppée par la crise du phylloxéra (1863-80) puis est suivie d’une deuxième période prospère, vers 1890, après la reconstitution du vignoble. Dès les années 1900 survient une chute brutale des cours du vin, en France et dans toute l’Europe. Elle est directement liée à la surproduction.
Celle-ci, chez nous, s’explique : après le phylloxéra, de nouveaux cépages ont été plantés et en particulier l’Aramon, très productif mais donnant de faibles degrés, d’où la nécessité de couper ses vins avec des vins d’Algérie. De plus, le développement des techniques modernes et l’extension de grands domaines ont joué dans le sens d’une production plus importante.
En 1907, la surproduction est nationale, mais le Midi est plus touché parce qu’il est la seule région de monoculture et parce qu’il ne produit que des vins de consommation courante.
Ignorant cette réalité, le mouvement de 1907 a pourtant attribué à la fraude les causes de la crise. Les auteurs, tout en signalant que la fraude a été l’un des facteurs de la crise, mais un facteur secondaire, précisent qu’à l’époque la production de vins artificiels était en partie licite : en 1889, la loi Griffe définit le vin naturel mais n’interdit pas la production de vin artificiel ; la loi du 6 août 1905 limite l’emploi de sucre. Ce n’est qu’après les événements de juin 1907 que la loi du 29 juin institue la déclaration de récolte et encadre strictement l’emploi du sucre. Auparavant, et donc en pleine crise, les vins artificiels (vins de marc, vins de sucre, vins de raisins secs et autres préparations) étaient donc autorisés, même si, pour certains, leur commercialisation était interdite. C’est d’ailleurs la pénurie de vin, suite à la crise phylloxérique, qui a provoqué l’expansion de ces vins artificiels. Au début du XXe siècle, le vignoble était reconstitué et la production de vins artificiels en chute libre.
Pourtant, la lutte contre la fraude a été le slogan principal du mouvement de 1907. (1)

Une forte politisation

Si 1907 est resté dans les mémoires, c’est certainement en raison du dénouement tragique des protestations populaires, avec les six morts des 19 et 20 juin à Narbonne. Mais c’est aussi, soulignent J. Sagnes et J.-C. Séguéla, en raison de l’ampleur inouïe de la mobilisation, jusqu’à plus de 500 000 personnes le 9 juin à Montpellier : ce « mouvement de protestation » a été « particulièrement impressionnant et unique en son genre en France avant 1907 et même depuis cette date ». De fait, « aucune autre région de France n’a connu, sous la IIIe République, des rassemblements de cette importance pendant une période aussi longue ».
L’ampleur de la mobilisation est bien sûr directement liée à la gravité de la crise, qui a mis sur la paille de nombreux viticulteurs, les amenant au désespoir, et qui a eu d’immenses répercussions dans une région dont l’économie dépendait très largement de la vigne. Notons que les premières victimes de la crise sont les ouvriers agricoles, nombreux à perdre leur gagne-pain.
Mais il faut aussi souligner le rôle du contexte politique dans le déroulement des événements.
Les auteurs rappellent le contentieux entre le gouvernement républicain et l’opposition catholique et monarchiste : on se situe peu après l’affaire Dreyfus et la loi de séparation des Eglises et de l’Etat (1905). Aussi n’est-il pas surprenant que, dès sa création, le Comité d’Argeliers soit rejoint par des conservateurs puis par les socialistes, ces derniers étant aussi en opposition au gouvernement radical-socialiste.
Les mots d’ordre d’Ernest Ferroul, le maire socialiste de Narbonne (démission des maires, grève de l’impôt), joueront un rôle important dans le durcissement du mouvement et dans la réponse très autoritaire de Clémenceau, qui envoie l’armée, ce qui aura des conséquences dramatiques.
Le livre montre par ailleurs comment la vague grandissante du mouvement populaire emporte les plus lucides par rapport à la situation économique, chez les socialistes comme chez les radicaux socialistes, et les amène à soutenir l’explication de la fraude comme principale cause de la crise, ou à ne pas s’y opposer, pour ne pas se couper de leur électorat.
Notons toutefois que la population des départements du Midi n’était pas unanimement opposée au gouvernement : celui-ci comptait dans ses rangs trois députés radicaux socialistes du Midi, Gaston Doumergue (Gard), Henry Dujardin-Beaumetz (Aude) et Albert Sarraut (Aude).

REVOLTE DU MIDI

Illustration issue de l’ouvrage.

La dignité d’un peuple

Un autre grand fait marquant, dans la mémoire de 1907, est l’idée de grand mouvement identitaire régional, rassemblant d’un même bloc toutes les classes sociales.
J. Sagnes et J.-C. Séguéla soulignent le fait qu’effectivement 1907 a donné lieu, de la part de la population régionale, à l’affirmation de sa dignité. Ils apportent des nuances quant à l’unanimisme, avec les réticences du syndicalisme ouvrier à soutenir le combat des grands propriétaires. Fait révélateur, la représentation à la CGV (Confédération Générale des Vignerons, née en septembre 1907) est attribuée à chaque membre en fonction du nombre d’hectares possédés et du nombre d’hectos produits.
Par ailleurs, les auteurs notent que le mouvement est toujours resté dans le cadre national de la France, même si le thème de l’identité occitane et catalane a été énoncé par quelques intellectuels.
Autre mythe, celui du 17e régiment d’infanterie, qui aurait refusé de tirer sur la foule et aurait ensuite été durement réprimé par des condamnations au bagne ou une exposition en première ligne pendant la guerre de 14. En réalité, si d’autres soldats ont tiré sur la foule, à Narbonne, il n’a jamais été demandé au 17e de le faire. La mutinerie de ce régiment n’a pas été suivie de punitions particulièrement dures, à part le fait d’être envoyé à Gafsa (Tunisie), où il n’a pas fait l’objet d’un traitement spécial par rapport à d’autres unités.
Enfin, la personnalité de Marcellin Albert, décriée à son retour de Paris (le 23 juin), a été par la suite réhabilitée. Les auteurs parlent de lui comme d’un homme « moins naïf qu’on ne l’a dit », qui « n’avait pas la même analyse politique que ceux qui l’entouraient, qu’ils soient royalistes ou ferroulistes » et qui « se refusait à toute stratégie aventuriste ».
1907 a souvent été présenté comme le soulèvement d’une région contre un pouvoir central qui ne la prenait pas en compte, image souvent reprise par le syndicalisme viticole. La réalité est moins simple.
Cette période de notre histoire est par contre significative des problèmes économiques structurels de la viticulture régionale à partir du moment où elle rentre dans l’économie de marché. Elle est aussi un point de départ dans la mise en place de réponses à ces problèmes, en termes de gestion économique et réglementaire, avec les lois des 29/6 et 15/7 1907 puis avec le statut viticole (1931).
Le livre de J. Sagnes et J.-C. Séguéla, en permettant de mieux comprendre tout cela, est une source documentaire et d’analyse d’un grand intérêt.

Philippe Cazal (article paru dans le Paysan du Midi du 31/08/2007).

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1) C’est aussi ce que souligne Rémy Pech dans « Entreprise viticole et capitalisme en Languedoc-Roussillon. Du phylloxéra aux crises de mévente » (Publications de l’Université de Toulouse-Le Mirail, 1975) : « Il était en effet difficile à des propriétaires qui dans leurs exploitations essayaient de pallier les effets de la chute des cours par une augmentation de la production, d’incriminer la surproduction de vin naturel, qui était essentiellement le fait de leurs exploitations organisées pour produire au maximum. Le thème de la fraude, repris par tous les auteurs sans exception (ce sera le thème presque unique de la campagne de 1907) permet de rejeter la responsabilité sur un groupe plus ou moins mythique, celui des fraudeurs, et en portant le débat sur le terrain de la morale, d’éluder le problème de la répartition des revenus et celui de la lutte des classes. »Le livre, réédité, est disponible en librairie et chez les marchands de presse.

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Editions Aldacom, 1, rue Marcel Maury, 34500 Béziers, aldacom@msn.com , http://www.aldacom.fr

Lire aussi ce que dit Jacques Cros sur ce livre, sur son blog Cessenon.

Lire, sur ce blog, « Les ouvrières viticoles : femmes et ouvrières, la double peine ».

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La surproduction

L’offre de vins en France (production + importations) passe de 52 Mhl (millions d’hectolitres) dans les années 1890 à 65 Mhl dix ans plus tard, la consommation taxée passant seulement de 32 Mhl à 40 Mhl. L’excédent, qui était de 20 Mhl, passe donc à 25 Mhl.
Or, l’augmentation de l’offre n’est pas due aux vins artificiels : Dans les années 1890, on a 38,8 Mhl de vin naturel, 5 Mhl de vins artificiels et 8,2 Mhl d’importation (essentiellement d’Algérie). Dans les années 1900, on passe à 56,5 Mhl de vin naturel, 3 Mhl de vins artificiels et 5,6 Mhl d’importation.