Sur la route des Balkans

En Europe à vélo, par temps de paix

Dans ce carnet de voyage, Franck Turlan raconte son aventure vers la liberté et la rencontre des autres, dans une région d’Europe où parler de paix est tout sauf anodin.

Le mémorial de Srebrenica. 8 372 tombes éclairées par un soleil matinal : un signe d’espoir de paix ? (Photo Franck Turlan).

Le vélo c’est un moyen de voyager en liberté, hors des routes nationales ; c’est aussi un moyen de déplacement doux qui favorise la rencontre avec les autres. Franck Turlan avait déjà réalisé deux voyages à vélo, en Espagne et en Italie. En 2017, il s’est fixé l’objectif de joindre Lézignan-Corbières (son lieu de résidence) aux Balkans.

Ce journaliste, ancien coureur cycliste en compétition amateur, avait alors 45 ans. Avec une certaine expérience dans ces deux domaines.

Il part, seul avec son vélo, à l’été 2017, de Nîmes pour rejoindre Thessalonique, en Grèce, en traversant les Alpes, l’Italie, la Suisse, l’Autriche, la Slovénie, la Croatie, la Bosnie, la Serbie, le Monténégro, l’Albanie, la Macédoine et le nord de la Grèce. 4 000 km sur routes et chemins de cette Europe alpine puis balkanique.

Dans ce voyage il y avait peut-être le goût du défi, celui de la découverte, mais aussi, dit Franck T., « l’envie de me ressourcer », et surtout, explique-t-il, il y avait eu les élections présidentielles du printemps 2017 « avec un vote très fort du Front National à Lézignan-Corbières ». Il fait le rapprochement entre la vogue, en France, des propos de haine et de rejet de l’autre et le souvenir d’un événement qui l’avait fortement marqué il y a deux décennies, le massacre de Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine (juillet 1995) : « A l’époque, je ne pensais pas qu’une chose aussi horrible puisse arriver en Europe, avec nos dirigeants de l’Union Européenne totalement impuissants, complices. » Il se demande alors comment partager le refus de tout cela et décide d’aller là-bas.

Il partagera cette aventure avec les lecteurs de L’Indépendant, moyennant une chronique hebdomadaire qui, dit-il, a donné de bons retours. Ces chroniques ont été réunies récemment à compte d’auteur dans un petit livre « Sur la route des Balkans. Chronique d’un voyage en Europe à vélo, par temps de paix ».

On suit avec plaisir ce récit vivant, agréable à lire. On vit avec l’auteur les péripéties du voyage, la rude ascension des cols, l’angoisse de trouver un hébergement pour la nuit, les conséquences d’un excès de confiance dans les cartes qui mènent dans des impasses, les moments d’errement dans la forêt à la recherche du bon chemin… Et on s’imagine, comme F. Turlan, emprunter en toute liberté la « route secrète » qui descend vers Turin, un moyen d’échapper au flot des voitures et d’être plus près de la nature.

Et puis il y a les rencontres, plus ou moins approfondies, selon les facilités ou le barrage de la langue, selon les circonstances et les individus.

« En tant que voyageur », dit F. Turlan, « j’espère rencontrer des personnes riches d’une identité propre ; rencontrer une altérité, et me nourrir d’une diversité culturelle ». Il touchera du doigt, au cours de son voyage, le fait que l’identité a deux faces ; elle peut révéler la richesse d’une personne ; elle peut aussi, lorsqu’elle est exacerbée, devenir un facteur de repli sur soi et de rejet des autres.

Au cœur des Balkans, principal objet de ce voyage, F. Turlan a tenté de sonder les états d’esprit de ses interlocuteurs par rapport aux événements du passé. Il a trouvé tantôt de l’ouverture aux autres, une volonté de paix, tantôt une fermeture, parfois figée sur l’opposition qui a mené à la guerre, du déni aussi de ce qui est arrivé et l’absence des uns ou des autres de remise en cause de leurs responsabilités.

La position du journaliste à vélo n’était pas simple : il a été parfois vu comme un représentant de l’Union européenne, celle qui « nous a lâchés », estime un musulman de Bosnie, celle « qui nous assassine économiquement ».

Franck T. s’abstient de juger. Il est conscient que l’histoire de cette région est complexe, avec de vieux contentieux non réglés et des idéologues va-t-en guerre qui manipulent la réalité.

De retour des Balkans, il voudrait aller plus loin, peut-être y revenir pour réaliser un travail avec des jeunes bosniaques et serbes, contribuer à une prise de conscience collective des voies qui peuvent mener à la paix… définitivement.

Ce livre, en tout cas, est une contribution dans ce sens.

On peut le trouver (12 €) dans les librairies narbonnaises Libellis (43, rue Droite) et Le Livre Voyageur (28, rue Ancienne Porte de Béziers-angle Place du Forum) et carcassonnaise Mots et Compagnie (35, rue Armagnac).

Ou auprès de l’auteur : franck.turlan@mailoo.org ; voir aussi son blog https://velovoyageblog.wordpress.com

Fresque murale à l’entrée de Srebrenica (Photo Franck Turlan)

Publicités

Attentats de Paris : nos morts, mais pas notre guerre

A la suite des attentats du 13 novembre, l’article ci-dessous, trouvé sur le blog « résister à l’air du temps » (Julien Salingue) peut nous aider à réagir de façon réfléchie. Il commence ainsi :

« Sarkozy vient de déclarer : «Nous sommes en guerre». Pour une fois je suis d’accord avec lui. Ils sont en guerre.

Vous êtes en guerre, vous les Sarkozy, Hollande, Valls, Cameron, Netanyahou, Obama. Vous êtes en guerre, vous et vos alliés politiques, vous et vos amis patrons de multinationales.

Et vous nous avez entraînés là-dedans, sans nous demander notre avis.

Afghanistan, Irak, Libye, Mali, Syrie… Nous n’avons pas toujours été très nombreux à protester. Nous n’avons pas suffisamment réussi à convaincre que ces expéditions militaires ne feraient qu’apporter toujours plus d’instabilité, de violences, de tragédies.

Là-bas, et ici.

Car la guerre n’a pas commencé hier soir. Et elle n’avait pas commencé en janvier lors des tueries de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher. Elle avait commencé bien avant. »

Lire la suite : Résisteràlairdutemps